GAUSSEN Louis - Cours de Dogmatique - Théologie naturelle et Théologie révélée
De Calvinisme.
Théologie naturelle et Théologie révélée
et pouvoir de l’homme déchu pour atteindre la vérité dans l’une et dans l’autre
Dieu a préparé trois écoles pour amener l’homme à sa divine connaissance : La première est celle de la Nature, la dernière est celle de la gloire, mais entre l’une et l’autre, Dieu a fait intervenir celle de la Révélation pour compléter les enseignements de la première et pour anticiper ceux de la dernière. En sorte qu’en attendant les lumières de l’avenir, nous sommes placés ici-bas, pour arriver à la connaissance de Dieu, devant deux livres composés d’un et l’autre de deux parties. Le premier livre, celui de la création nous présente ses enseignements dans deux parties très distinctes : la création intérieure et la création extérieure. La première nous instruit par la conscience, la seconde, par le ciel, la terre, la mer et toutes les choses qui y sont. Le livre de la Bible a aussi deux parties : le testament hébreu et le testament grec. Une pleine connaissance du double livre de la création constitue la théologie naturelle, comme une pleine connaissance du double livre de la Bible constitue la théologie révélée ou surnaturelle.
On demande maintenant : Y a-t-il une théologie naturelle ?
Cette question, longtemps débattue au XVIe siècle a été résolue en des sens opposés. Nos théologiens ont affirmé et les sociniens ont nié l’existence d’une théologie naturelle. Ceux-ci ont soutenu que la connaissance de Dieu répandue chez les peuples païens ne leur est venue que par une longue chaîne de traditions dont le commencement est en Adam, ou bien par le reflet des révélations accordées aux hommes en divers temps et de diverses manières. Nos théologiens, au contraire ont soutenu qu’il y a une théologie naturelle, dont une partie est innée et dont l’autre est acquise, la première venant du libre de la connaissance, la deuxième du libre de la création.
Mais pour que cette question soit convenablement résolue, il faut commencer par en établir clairement le véritable état, et poser pour cela les restrictions suivantes :
Première restriction : Quand on demande s’il y a une théologie naturelle et quand on demande s’il y a une théologie révélée, on ne parle pas objectivement mais subjectivement. Objectivement, la théologie naturelle est écrite dans le livre de la création, comme la théologie révélée est écrite dans le libre de la Bible, quelles que soient d’ailleurs nos facultés ou nos dispositions pour lire l’un et l’autre de ces deux livres. Je m’explique par une comparaison : Si la Bible ne se trouvait parmi nous qu’en hébreu ou d’en grec, sans que personne de nous comprit ni l’une ni l’autre de ces deux langues, la théologie révélée, à parler objectivement, serait dans cette Bible, mais à parler subjectivement, cette théologie serait pour nous comme n’existant pas. De même aussi, la théologie naturelle pourrait exister objectivement dans le libre de la création, lors même qu’elle y serait illisible pour l’homme, dans l’état naturel de ses facultés ou de ses dispositions.
Deuxième restriction : Quand on demande s’il y a pour l’homme une théologie naturelle, on ne parle pas de l’homme avant sa chute, mais de l’homme depuis sa chute, car tous conviennent également qu’il y avait pour Adam, dans Eden une telle théologie, ne fût-ce que par le seul fait de cette image de Dieu qu’il portait en son être et d’après laquelle il avait été formé.
Troisième restriction : Quand on demande s’il y a subjectivement pour l’homme une théologie naturelle, et s’il y a subjectivement pour l’homme une théologie révélée, on doit admettre encore une importante distinction, et, selon l’acception plus ou moins étendue qu’on aura donnée à ces termes, il faudra répondre tantôt négativement, tantôt affirmativement. Si l’on entend par théologie naturelle, une connaissance terne, mêlée d’erreurs, vague, imparfaite, de l’existence de Dieu et de quelques uns de ses attributs ; nous répondrons : oui, devant la création il existe, pour l’homme déchu, une théologie naturelle. Et si l’on entend par théologie révélée, une connaissance terne, mêlée d’erreurs, vague et froide de l’envoi de Jésus Christ et d’une partie de son œuvre, nous répondrons, oui, il existe devant la Bible, pour l’homme déchue, une théologie révélée.
Mais si l’on entend par théologie naturelle, une connaissance saine, pure, ou du moins, aussi complète que le comportent, et les facultés intellectuelles de l’homme, et les clartés du livre ouvert devant ses yeux ; si l’on entend par ces mots, une connaissance capable de conduire l’homme à la faveur de Dieu, alors il faudra répondre : non, devant le beau livre même de la création, il n’est point pour l’homme de théologie naturelle.
Tout comme si l’on entend par théologie révélée, une connaissance pure, ou du moins aussi complète que le comportent, et les facultés intellectuelles de l’homme, et les clartés du livre de la Bible ouvert devant ses yeux ; si l’on entend par ces mots, une connaissance capable de le conduire à la faveur de Dieu ; il faudra répondre : non, devant le saint livre de la Bible, il n’est point pour l’homme déchu de théologie révélée.
Voilà deux déclarations d’une haute importance pour toute la suite de nos recherches, il sera nécessaire d’en établir la vérité.
Premier Proposition : Dans le sens imparfait, il y a pour l’homme placé devant le livre de la création, une théologie naturelle qui lui fait connaître, sinon le vrai caractère de Dieu, au moins son existence et quelques uns de ses attributs et de ses droits.
Tout comme, dans le même sens imparfait, il y a pour l’homme placé devant le livre de la Bible, une théologie révélée qui peut lui faire connaître, sinon le vrai caractère de Jésus Christ, au moins, son existence et quelques partis de son œuvre.
Voici maintenant nos arguments :
Premier argument : L’expérience universelle des peuples en tous lieux et dans tous les temps, nous montre que si quelque trait commun se retrouve constamment chez les hommes de tous les climats et de tous les siècles, ce trait commun doit être regardé comme inhérent à la nature humaine.
Mais la connaissance d’un Dieu, le besoin d’un culte, la distinction du juste et de l’injuste, sont un de traits qui se retrouvent chez les hommes de tous les climats et de tous les temps. Il en résulte donc que ces dispositions constituent un des caractères essentiels de l’homme, et nous attestent chez lui l’existence d’une théologie naturelle.
Nous pourrions aisément multiplier ici les témoignages de l’histoire et de la géographie.
Il y a 1900 ans qu’un païen signalait à des païens le témoignage universel de l’expérience : quia nulla est tam barbara natio cui non insdeat hac persuio Deum esse (Cicéron : de nat. Deor lib 1)
Et longtemps avant Cicéron, Platon, pour exprimer cet instinct puissant et universel qui se manifeste dans tous les siècles chez les individus et chez les peuples ; définissait l’homme par ce même caractère et l’appelait : ζωου θεοσεβεστατου, un animal craignant Dieu.
Aristote, Cicéron, Sénèque, pourraient nous fournir ici de beaux passages pour attester la même expérience, et nous pourrions citer ce que Diodore de Sicile nous dit de Zaleucus : Omnes qui urbem et regionem inhabitant persuasos esse oportet Deos esse, quod manifestum fit ex cali tolisuque mundi inspectione (31)
Ces citations seraient superflues. Cet instinct dans l’homme est si puissant, cette voix de la conscience et de la création lui parlent si clair et si haut, que vous le verrez se prosterner devant les plus viles créatures, devant le Diable même, plutôt que de ne rien adorer, et se soumettre au culte le plus ridicule ou le plus cruel que de n’avoir aucun culte.
Objections
On objecte comme une explication de ces faits :
a) Les succès des imposteurs qui, dans tous les lieux de la gentilité, trompèrent les peuples sous des prétextes religieux, par leurs jongleries et par leurs mensonges.
Mais nous répondons que leurs succès mêmes confirment la vérité de notre proposition, en nous révélant mieux encore ce besoin de notre nature, cet instinct puissant et universel qui force l’homme de tous les temps à reconnaître un Dieu.
b) On objecte encore les témoignages contraires de quelques voyageurs qui, dans leurs investigations chez certains peuples sauvages, ont cru n’y avoir découvert aucune trace de religion.
Mais il est facile de répondre à ces faits isolés :
a) Les observations qu’on nous oppose, ont été faites en courant par des voyageurs qui ne connaissaient pas la langue des indigènes, et qui ne pouvaient entrer dans tout le secret de leurs habitudes et de leurs pensées.
b) Les peuples chez lesquels ces observations ont été faites, sont forcés par les rigueurs de leur position, à vivre en familles isolées et à mener une vie souvent errante.
