GAUSSEN Louis - Cours de Dogmatique - De la théologie

De Calvinisme.

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Sommaire

De la Théologie

Dans un des élans de sa prière sacerdotale, notre Seigneur mourant, fit monter ce vœu vers le trône du Père : Père saint ! Sanctifie-les par la vérité, la Parole est la vérité.

C’est aussi là le vœu de notre théologie, son objet, son moyen et son but – son objet, la vérité par excellence. Son moyen, la Parole de Dieu (la Parole, Père saint est la vérité). Son but, la sainteté et toutes les félicités qui s’y rattachent de la part de celui qui la donne (Père saint, sanctifie-les par ta vérité)

Sa théologie est donc une science, la science de la Parole de Dieu et de la vérité.

Mais, en bonne méthode, toute science devant commencer par une exacte définition : des termes qu’elle emploie, nous sommes appelés à Dieu plus exactement ce que c’est que la théologie.

Définition

Nous pourrions déjà commodément trouver une bonne définition dans la simple considération des étymologies de son nom même : ή θεολογια. Ce mot, il est vrai, ne se rencontre pas dans la Sainte Écriture ; mais on y trouve souvent rapprochés l’un de l’autre, les termes élémentaires dont il se compose (τα λογθια του θεου, ο λογος του θεου)(8), d’après la composition de son nom, pourrait donc signifier également, λογον του θεον et λογου πεζι του et la science de la théologie, en adoptant cette double interprétations, serait donc, à la fois, une parole de Dieu et une parole sur Dieu – définition trop générale.

Elle parle de Dieu, elle vient de Dieu, elle conduit à Dieu. C’est la définition de Thomas d’Aquin : a Deo docetur, Deum docet, ad Deum ducit. Cette définition nous indique à la fois son objet, son moyen et son but. Son objet : la vérité de Dieu. Son moyen : la Parole de Dieu. Son but : la sainteté de Dieu.

La théologie chrétienne sera donc l’étude des vérités que Dieu a révélées pour opérer le salut de l’homme et pour s’y glorifier.

Cependant, il vaudrait mieux prendre dans la Bible quelque autre définition de la science qui va nous occuper. Nous pourrions, par exemple, emprunter ces paroles de l’apôtre Paul à Tite : « La connaissance de la vérité est selon la piété. Ou celles-ci de Jésus Christ. : La vérité, ô Père, c’est de te connaître seul vrai Dieu, et l’Oint ton envoyé.

Voilà, encore une fois, notre théologie.

  1. C’est une connaissance, une science, un objet d’étude, réclamant de l’attention, des recherches, du temps, des soins assidus, de la persévérance, un travail sincère et consciencieux.
  2. C’est une connaissance de la vérité
  3. C’est une connaissance de la vérité qui est selon la piété. C’est la connaissance du mystère de la piété (9) comme l’Apôtre la nomme encore en 1. Tim, 3 .16. – Voilà notre théologie ; à Dieu plaise que nous en connaissions d’autre.

La connaissance de l’erreur est stérile ou funeste, mais la connaissance de la vérité, la connaissance de Dieu, ne peut être ni l’un ni l’autre. Quand une théologie est stérile, alors elle n’est pas seulement rebutante et fastidieuse, elle est funeste. Elle apprend à s’ennuyer devant Dieu, à le mépriser. Mais poursuivre selon Dieu, dans l’humble recherche de la Parole de Dieu et pour aller à Dieu, poursuivre comme la connaissance de la vérité qui est selon la pété, cette étude devient délicieuse e tes jours sont trop courts pour l’étudier.

C’est en s’y livrant qu’un grand théologien disait : Mes yeux ont prévenu les veilles de la nuit pour méditer ta Parole, ô mon Dieu, ô combien je l’aime ! Je m’entretiens tout le jour.

On pourrait demander encore s’il est permis, pour désigner cette science, d’employer un terme dont l’Ecriture n’a point fait usage et que les païens même ne nous ont transmis qu’après en avoir si longtemps usé dans un sens bien différent de celui que nous venons de lui donner. Il convient donc de dire quelque chose de l’histoire de ce mot, et de son usage chez les autres Anciens.

Le nom de Théologie

Ce nom se rencontre chez les anciens auteurs sous deux acceptions très différentes, qui ne sont ni l’une ni l’autre, celle que nous avons adoptée.

Il s’y trouve dans un sens très large, celui des auteurs païens Dans un sens beaucoup plus étroit, celui des auteurs chrétiens

Les païens l’appliquaient à leur métaphysique.

Aristote distinguait la philosophie en 3 parties : (9)

Platon distinguait la théologie en 2 parties

  1. (9) (qui s’occupait des symboles et des mythes)
  2. (9) (qui traitait des choses divines)

Varron divise la théologie en 3 branches : (9)

  1. (9) (qui traite des fables)
  2. (9) (qui regarde les prêtres et le peuple)
  3. Enfin (9) qui occupait les philosophes dans leurs écoles).

C’est de là que 3 ordres de personnes ont été appelés (10) chez quelques auteurs : les philosophes, les poètes et les prêtres.

Les Père de l’église ont souvent désigné sous le nom de théologie, cette partie de la dogmatique qui traite de la divinité de Jésus Christ. C’est dans ce sens que Jean a été nommé par excellence, (10). C’est dans ce même sens que Grégoire de Naziance a obtenu le titre distinctif de théologie parce qu’il s’était attaché à établir cette sainte doctrine. C’est encore dans ce sens que les anciens auteurs chrétiens ont reconnu dans la doctrine évangélique, deux parties : l’une (10) traitant de la divinité de Christ et l’autre (10) traitant de son incarnation. Dans leur langage encore (10) signifie : discourir de la divinité de Christ.

On distingue divers espèces de théologies :

  1. Quant à la vérité : il y a une théologie vraie et une théologie fausse
  2. Quant à l’étendue de leur connaissance : il y a deux ordre de théologies vraies : celle qui est parfaite et infinie et celle qui est imparfaite et finie. La première est en Dieu, c’est la connaissance parfaite qu’il a de lui-même. La deuxième n’est qu’une image et un reflet de la première dans l’intelligence de la créature. C’est la connaissance de Dieu telle que des êtres finis peuvent la concevoir, et telle que Dieu la leur communique.
  3. Quant aux conditions divers de la créature : c’est uniquement de la théologie finie et imparfaite que nous allons nous occuper. Il faudra même encore la distinguer le rang et les conditions diverses de la créature. Il y a une théologie pour le ciel, une théologie de l’enfer, une théologie de la terre et une théologie de la gloire. La première est celle des anges qui contemplent la face de Dieu. La deuxième est celle des démons qui croient en Dieu qui en tremblent. La troisième est celle de l’homme dans sa chute, invite au banquet des noces de l’Agneau. La quatrième enfin, sera celle des élus lorsqu’ils seront rendus semblables à Dieu et qu’ils le verront tel qu’il est.
  4. Quant aux sources de la connaissance : Dieu a préparé trois livres ou trois écoles pour amener l’homme à lui. Le livre de la création, celui de la révélation et celui de la vie et de la gloire. De là sortent trois théologie : la théologie de la nature, la théologie de la révélation et la théologie de la gloire.

La théologie et la Religion

Il est encore une distinction qu’il convient d’établir pour achever la définition de la théologie :

En quoi cette science diffère-t-elle de la religion et en quoi lui est-elle favorable ou contraire ? En d’autres termes qu’est-ce que la religion et qu’est-ce que la théologie ?

Plusieurs auteurs modernes ont affecté de les opposer l’une à l’autre pour abaisser ce qu’ils appellent, mal-à-propos, la théologie, en l’honneur de ce qu’ils appellent mal-à-propos la Religion.

On a joué sur les mots. À les entendre, l’une n’aurait été qu’une science stérile, subtile et desséchante, l’autre une piété pure, indépendante de la distinction des dogmes, et vivant dans une âme sans la connaissance de la parole de la croix. La théologie, à les entendre, nuirait à la Religion plus encore qu’elle ne lui sert, en sorte qu’il faudrait presque sortir de l’une pour entrer dans l’autre. Qu’est-ce donc que la Religion et qu’est-ce que la Théologie comparée à la Religion ?

D’après nos définitions précédentes, la théologie est la science des vérités que Dieu a révélées à l’homme dans sa chute, pour le relever et pour en être glorifié. Mais qu’est-ce que la Religion ?

Suivant l’Académie, le mot de Religion ne signifierait qu’un culte quelconque rendu à la Divinité. C’est dans ce sens que nos versions ont rendu par religion, le mot grec (13) (Jacq. 1.26-27). Mais ce n’est pas dans cette acception qu’on en fait ordinairement usage parmi les Protestants, et en particulier, ce n’est point dans ce sens que l’ont employé ceux qui ont prétendu opposer la théologie à la Religion.

Le mot de Religion se prend chez ces auteurs dans deux acceptions très différentes : l’une est objective et l’autre subjective. Dans son sens objectif on définirait la Religion : la science qui nous enseigne l’existence, le caractère et les conseils de Dieu.

Dans ce premier sens, la Religion serait donc comme la théologie, la connaissance de la vérité qui est selon la piété. Elle serait encore ce que l’Apôtre appelle plus d’une fois (13).

En quoi donc différerait-elle de la théologie dans ce premier sens, si ce n’est pas en ce que la théologie serait une religion plus étudiée et plus complète, et qu’elle serait à la religion ce que l’astronomie est à la sphère. Elle a donc le même objet que la théologie, elle n’en diffère que par son mode d’étude et de démonstration ; elle coordonne ses connaissances avec plus de méthode, elle les démontre avec plus de rigueur.

On peut donc, dans ce premier sens les distinguer l’une de l’autre, mais non les opposer. Bien loi de là, les travaux de la théologie sont dans une sauvegarde pour la religion, ils lui rendent indirectement les mêmes offices que l’astronomie des géomètres, rend de nos jours à celle des hommes de mer. Un maitre de navire pourra sans doute se passer des hautes notions de la science ; mais c’est à celui qu’en traversant l’Océan, il devra la sûreté de sa marche, le bonheur de ses méthodes et la précision de ses formules. De même le voyageur chrétien, pour traverser l’Océan de ce monde et pour atteindre la Jérusalem des Cieux, pourra se passer des hautes spéculations de la théologie ; mais les notions de religion qui lui sont toujours nécessaire, recevront de la science théologique, leur précision et leur sûreté. C’est elle qui conserve, dans la religion d’un peuple, de justes notions de la vérité ; qui maintient dans la prédication, le juste équilibre de tous les dogmes ; qui signale le premier moment où le langage de la Religion commence à se fausser, et qui, dès que l’erreur pointe et monte en herbe, la fait reconnaître pour qu’on l’arrache lorsqu’il en est temps encore.

Dans ce sens, la théologie, loin d’être opposé à la Religion lui sert de sauvegarde. Quand la théologie veille dans une Eglise, les hérésies s’y taisent ; et quand la théologie est devenue muette, c’est qu’alors l’ouvre de l’hérésie est déjà commencé.

Mais on emploie encore le mot de Religion dans un sens intérieur et subjectif. Dans cette seconde acception, la Religion est cette impression produite dans l’âme par la religion objective. C’est ce que l’Ecriture appelle (15) la piété.

Pour parler plus exactement la religion subjective serait donc cette vertu que le Saint Esprit met dans une âme qui étudie la religion objective.

L’une est donc comme le reflet de l’autre, et par conséquent elle ne peut s’en passer. Un objet peut être sans son image, mais une image ne peut être sans son objet. Et puisque la théologie est utile à la Religion objective, tandis que celle-ci est nécessaire à la piété, la théologie est donc utile à l’une et à l’autre.

Ainsi nous n’admettons jamais qu’on puisse légitimement opposer la théologie à la Religion. Sans doute, il n’est que trop vrai, l’objet peut exister sans son image, c-à-d la religion objective sans la religion intérieure et la théologie sans la piété, mais la faute en est au miroir et non pas à l’objet, au cœur de l’homme et non pas à la religion, à nous et non pas à la théologie.

Arrêtons-nous donc ici quelques instants, pour contempler dans son ensemble, le sublime objet d’étude qui nous est proposé et pour nous dire dans quel sentiment il faut s’en approcher.

Majesté de la théologie et disposition nécessaire à son étude

Placés comme devant les premiers pratiques du temple de la théologie, arrêtons-nous pour en contempler la grandeur. Nous allons passer au delà du voile, entrer jusqu’au sanctuaire intérieur et pénétrer jusqu’à des mystères où les anges inclinés avec respect, désirent de voir jusqu’au fond.

Ce n’est pas une vaine ambition de science qui nous y conduit. Désireux de porter les vases de l’Eternel, nous avons recueilli ces ordres de la Parole de Dieu : Timothée, applique-toi à la lecture et à l’enseignement. Rappelle-toit que le serviteur du Seigneur doit être propre à enseigner, nourri dans les paroles de la foi et de la bonne doctrine. Prends garde à toi et à la doctrine, car c’est que tu sauveras et toi-même et ceux qui t’écoutent. Et il est ajouté : des choses que tu as entendues de moi, commets-les à des personnes fidèles qui soient capables de les enseigner à d’autres.

Entrons donc avec un saint recueillement dans ce temple de la science religieuse, car quelle n’en est pas la redoutable majesté, soit que nous pensions à Dieu, soit que nous pensions à l’homme.

Dieu en est l’objet. Quelle idée ce seul mot déjà nous donne de la théologie. La théologie est le souverain sujet, et c’est un système de devoirs dont Dieu lui-même est le souverain objet. Il s’agit pour nous d’y contempler et d’y connaître cet Etre immortel, invisible, habitant une lumière inaccessible, auprès de qui les anges se voilent le visage, et devant qui les cieux même ne sont pas purs. Il s’agit de l’étudier dans sa nature ineffable, dans ses jugements impénétrables, dans ses œuvres insondables, dans ses conseils qui sont de profonds abîmes.

O profondeur des richesses, de la sagesse et de la connaissance de Dieu, que ses jugements sont incompréhensible et ses voies impossibles à trouver (Rom 11.33)

Mais ce qui caractérise peut-être plus encore l’importance et la majesté de la théologie, c’est que Dieu en est l’auteur, car il s’est chargé de nous l’enseigner ; et non-seulement il en a fait les livres, mais encore il en veut donner lui-même les leçons. Que penser de la dignité d’une science qu’on apprend à l’école même du Dieu vivant, d’une science où Dieu daigne être lui-même notre professeur et notre guide, d’une science où nous tenons dans nos mains un livre qui est tellement son propre ouvrage, qu’en en citant les sentences, nous sommes appelés à dire comme les Prophètes : Dieu a dit, le Saint Esprit a dit !

Mais ce n’est pas tout. Dieu n’est pas seulement l’Ecriture du livre où nous l’étudions, il a promis d’en être le docteur dans un sens beaucoup plus intime encore et plus relevé. Il s’est engagé dans sa Parole à nous en expliquer les leçons par son Esprit, à les écrire invisiblement mais réellement sur la tables de nos cœurs.

Enfin nous comprendrons toute la dignité de cette science quand nous rappellerons que Dieu en est aussi le but et la dernière fin. Elle se rapporte toute à lui. Si elle vient de lui, c’est à lui qu’elle ramène, c’est sa gloire qu’elle se propose, et c’est à son éternelle communion qu’elle nous conduit.

Si elle est du ciel, elle retourne au ciel, car Dieu en est le commencement et la fin, l’alpha et l’oméga. Et cette pensée doit nous conduire à considérer encore sous une autre face et par rapport à l’homme, toute la grandeur et toute la gravité de la théologie.

Ses éléments sont le tout de l’homme. Pour lui, la vie éternelle est de connaître Dieu. La théologie est la science de Dieu. Et tandis que le caractère des réprouvés est de ne pas connaître Dieu, c’est par le retour à cette connaissance que l’homme régénéré rétablit en lui la première image du Dieu qui l’avait formé.

Quelle science donc que celle de tous les saints, de tous les amis de Dieu, que dis-je, de tous les anges qui se courbent jour et nuit sur ses profondeurs, et qui voudraient y voir jusqu’au fond.

C’est, de toutes les sciences, la plus ancienne (elle remonte au paradis d’Eden), la plus sûre (elle est écrite de la main de Dieu), la plus utile (toute autre science nous laisse dans l’esclavage du péché et de la douleur, celle-là seule nous relève et nous console), la plus sublime (toutes les autres sont pour la terre, celle-là seule est pour le ciel), la plus indispensable (c’est le seul passage de la mort à la vie), la plus durable enfin (c’est la science éternelle, toutes les autres périront, elle seule est à toujours).

Après ces considérations sur les grandeurs et sur les destinées de la théologie, nous comprendrons mieux dans quelles dispositions nous y devons pénétrer.

Dispositions

1. Un esprit de recueillement et de respect

Quand tu vas dans la maison de Dieu, prends garde à ton pied, approche-toi pour écouter, de peur que tu ne présentes le service des insensés, car ils ne savent pas le mal qu’ils font., ne te précipite point à parler et n’oublie pas que Dieu est au ciel et toit sur la terre.

Rappelons-nous avec quel soin Dieu voulut imprimer aux ministres de son tabernacle, cette disposition de révérence dans laquelle les vases du sanctuaire devaient être portés, et les mystères de son conseil devaient être approchés. Malheur à ceux qui passaient la limite du lieu saint. Peine de mort aux sacrificateurs qui y portaient des regards profanes ou des mains impures.

2. Une sainte ardeur de connaître

Si Dieu s’est révélé lui-même dans un livre écrit comme de sa main, quel prix ne devons-nous pas mettre à devenir savants de sa vérité, puisons dans ses Ecritures, et des scribes bien instruit dans le royaume des Cieux.

3. Un esprit de travail et de recherche

Dieu nous demande pour cette science des sciences ce qu’on exigea toujours pour toutes les autres, une étude approfondie de toutes les parties de la vérité, des harmonies qu’elles ont ente elles, les arguments qui les établissent, des difficultés qu’on leur oppose et qui y persévère, combien plus le Docteur voulu de Dieu ne devra-t-il pas se pencher dessus et y persévérer ?

Sans cela, le ministre n’aura point coordonné sa foi et sera peu capable de la transmettre sainement à d’autres. Il ne saura la présenter que sous une face. Il ne sera pas à l’abri de l’erreur pour lui-même en des jours de subtile hérésie. Il ne sera point pour les autres une sentinelle utile qui veille aux premières atteintes portées à quelque vérité, qui s’oppose aux envahissements de l’une sur l’autre, et qui combatte en faveur de la croyance donnée une fois aux saints.

Il faut se garder ici des prétentions d’une fausse spiritualité qui a voulu faire négliger la science et donner à croire que les effets sanctifiants de la vérité de Dieu sont en raison inverse du travail qu’on y consacre. La vraie spiritualité est laboureuse, et l’ouvre constante de l’œuvre constante de l’Esprit de Dieu dans ses ministres sera toujours de consacrer toutes les puissances de leur être, et de faire converger vers les choses de Dieu leurs facultés comme leurs affections. Les années de la plus haute spiritualité dans l’Eglise furent aussi celles de la plus profonde théologie ; et le relâchement de la science religieuse signala toujours celui de la piété.

4. Un esprit de sincérité

S’il y a tant de solennité dans cette parole adressée aux ministères : « Prends garde à la loi et à la doctrine », combien ne leur est-il pas nécessaire de se tenir en garde contre toute préoccupation de parti, contre tout système conçu hors de la Parole, contre toutes les influences de leur position et les secrète exigences de leur amour propre, afin qu’ils étudient la théologie avec un cœur honnête et bon. Gardons-nous de cette hâte qu’ont les systèmes de vouloir faire entrer de force dans leurs cadres, dans leurs formules, toutes les déclarations de l’Ecriture, à mesure qu’ils les rencontrent. Ne nous faisons jamais savants avant elle, mais sages après elle et par elle. Que de théologiens imprudents l’ont traitée devant leurs systèmes, comme s’ils eussent été affligés ou choqués de l’entendre tenir tel ou tel langage.

5. Un esprit de patience

C’est ici peut-être, une des plus importantes recommandations que l’on ait à nous faire. L’étudiant pieux de la théologie a besoin de patience en proportion même de sa piété. Et l’on doit pouvoir dire de lui ce que notre Seigneur disait d’un cœur honnête et bon en qui la parole était semée : il porte du fruit dans la patience (Luc 8.15), c-à-d avec une attente patienté car là le sens d’υπομονη, avec une attente patiente de foi. Et en voici les raisons :

Dans les recherches de cette sainte science, les détails souvent lassent, dégoutent et découragent, parce que leur multiplicité fait par moments perdre de vue le but général et les grandes fins où doit tendre leur étude.

Nous affectons souvent de la sécheresse qui les environne et de l’apparente stérilité qu’ils laissent après eux ; nous pensons alors perdre notre temps et nous fatiguons pour néant. Mais il faudra nous rappeler alors :

a) Que ces dégouts mêmes et ces fatigues ainsi que les efforts qui nous sont indispensables pour les surmonter, sont une bienfaisante épreuve de notre foi, de sa soumission et de son humilité. Dieu qui connait nos besoin a préparé des difficultés toutes semblables, sur tous les autres chemins où il appelle ses serviteurs, même les plus spirituels à le glorifier. Il n’en est pas un seul à qui ne soit nécessaire cette exhortation de l’apôtre en Hébreux 10.36. Vous avez besoin d’une attente patiente. Voyez ce que sont à cet égard, les épreuves spirituelles de nos plus fervents missionnaires. À la première pensée de leur haute carrière, il se présente d’abord à notre imagination, que des occupations évangéliques, et que des offices de l’ordre éternel le plus élevé. Nous ne nous les représentons peut-être que dans leurs prédications et que dans leurs succès. Et de là nous les voyons entrer dans le ciel avec les enfants que Dieu leur a donnés. Mais si vous les suivez dans le détail de leurs journées, vous les voyez dans les îles, assis dans une école autour d’un alphabet, vous les voyez dans les Indes préparant des grammaires, compulsant des dictionnaires, et travaillant des années sur des mots, avec des aides inconvertis. Que de pensées tristes et décourageantes ne viendraient pas les renverser sans cette (22) dans la quelle Dieu prend tant de plaisir, parce que c’est là que ses enfants le glorifiant le plus dans leur humilité et dans les espérances de leur foi.

b) D’ailleurs, (et c’est ici une seconde remarque propre encore à nous encourager, quand les détails de nos travaux viendraient nous tenter à quelque impatience) ces épreuves dont nous parlons, et que Dieu bénit pour ses serviteurs dans toutes les carrières chrétiennes, se retrouvent sous une forme ou sous une autre, dans l’étude de toutes les sciences humaines. L’esprit de l’homme n’a jamais pu faire de progrès soutenus dans aucune d’entre elles, qu’après qu’il a su, pour les étudier, s’armer de patience contre la fatigue et l’insipidité des détails, et continuer ainsi sa marche vers le but Par exemple, ne faut-il pas, même dans la brillante étude de l’astronomie, passer par de fatigants calculs ? Et pour n’être pas arrêté par les longs dégoûts qui les accompagnent, l’astronomie n’a-t-il pas aussi à se rappeler que ces innombrables degrés, où il a successivement à mettre son pied, et dont chacun pris à part semble élever si peu celui qui les parcourt, doivent cependant le conduire bientôt jusqu’à la hauteur des astres. Voyez encore de combien de recherches fastidieuses un historien consciencieux doit subir l’ennui, pour reproduire quelques faits dans ses récits, et pour donner le jour à quelques pages éloquentes. Que dis-je ? il n’est pas jusqu’à cette éloquence même qui n’ait besoin de l’esprit de patience que nous recommandons au théologien ? L’éloquence ne compromettrait-elle pas en effet ses plus hauts intérêts, si elle voulait oublier que l’étude des mots et que leur soin souvent minutieux, est une des conditions de ses nobles destinées. C’est donc avec cette disposition calme et paisible de patience dans la foi, c’est avec une pensée reportée souvent vers la grande fin de ses études et vers le Maitre qui les lui demande, que l’étudiant en théologie s’armera contre cette impression angoissante de sécheresse qui trop souvent s’attache à quelques uns de ses travaux. Le voyage d’un Israélite fidèle se rendant à Jérusalem, à la montagne de la sainteté, avait un but sublime et de profondes joies. Mais pour l’accomplir il fallait souvent endurer la soif et la fatigue, et, comme le Psalmiste, traverse le vallon sec et sablonneux. Cependant il s’avançait jusqu’à la montagne de son Dieu avec une voix de triomphe et de louange. Des sources d’eau vive y jaillissaient par moments au milieu des sables, et passant par la vallée de Baca, il la réduisait en fontaines. J’espère donc que dans cette étude de la théologie, vous et moi, nous voyagerons ainsi vers le sanctuaire de sa connaissance en Jésus-Christ. Nous traverserons souvent aussi, peut-être, des terres d’abord arides, mais nous nous y encouragerons mutuellement, comme si nous marchions avec de saintes cantiques, vers le Dieu Fort de l’allégresse de notre joie ; nous regarderons ensemble aux montages d’éternité ; nous nous montrerons l’un à l’autre, de lois, les murailles de Jérusalem. Et j’espère que, par la miséricorde de notre Dieu, nous y trouverons l’eau du rocher qui nous suivra dans toute la route et qui nous y abreuvera de la vie éternelle.

6. Un esprit de prière

Il semble peut-être superflu d’indiquer ici ce caractère du théologien, puisque le plus humble chrétien, dans les plus humbles emplois de son temps, apprend à ne rien entreprendre et à ne rien achever sans des prières et des actions de grâces. Mais il importer d’insister ici sur cette pensée. L’étudiant en théologie a des motifs spéciaux pour sentir la nécessité d’un constant esprit de prière au milieu de son travail :

a) Parce qu’il doit s’attendre, plus qu’un autre, aux attaques du Diable, qui emploiera contre luis plus de ruses, et qui s’attaque toujours avec plus d’opiniâtreté aux hommes que le Saint Esprit appelle à combattre son règne. Vous éprouverez même que ses efforts redoubleront, lorsque vous serez occupés des vérités qui le mettent en fuite, et par lesquelles son règne doit être renversé. Nous aurions pu nous y attendre, quand la Bible ne nous en aurait pas directement avertis. Il aurait pu déjà nous être évident, que s’il existe au-dedans de nous, un adversaire tel que le Diable, et que si cet être malfaisant, osa s’attaquer au fils de l’homme dans le désert, il doit se montrer plus redoutable envers des Ministres de l’Evangile, qu’envers des hommes moins consacrés à le combattre. (Dans une bataille, les ennemis visent aux épaulettes et les coup abondent autour des hommes qui président au combat.)

b) Ce qui rend la prière plus indispensable dans l’étude de la théologie, c’est qu’on y est constamment exposé à la fatale illusion de prendre la connaissance pour la foi, la profession pour la vie, la religion contemplée en dehors pour la religion réalisée au-dedans, et le système de la vérité pour l’expérience de la vérité. La prière seule nous préservera d’un si grand mal, et nous rappellera tous les jours qu’entre la Religion objective et la Religion subjective, entre la théologie de Dieu et l’âme de l’homme il y a un abîme que l’Esprit de Dieu seul peut traverser.

c) Enfin, la prière est doublement nécessaire à un homme qui voit de près les choses de Dieu, et qui ne les voit pas toujours du regard de la foi, parce que cette position l’expose à perdre jusqu’à ce respect qu’en ont même les hommes inconvertis auxquels elles ne se présentent que de loin. Les fils d’Eli maniaient sans révérence les vases de l’Eternel, et les avaient dans un mépris qui ne se trouvait en aucun fils d’Israël. On croit alors avoir tout vu dans le Palais de Dieu. Mais n’ayant rien vu que des yeux de la chair qui n’ont rien admiré, on pense n’avoir rien d’autre à révérer. C’est ainsi qu’on a remarqué souvent, que les enfants inconvertis de parents pieux, avaient un esprit plus profane que tous les autres. Ils ont vu l’homme extérieur traiter familièrement les objets sacrés, et ils n’ont pas vu avec quelle révérence l’homme intérieur les contemple et les adore.

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